Document obtenu
Rapport EY/Arcadis/Ceresco
Ce que révèle l'étude à 260 000 € d'argent public. Extrait du rapport de phase 3, comité technique du 21 février 2023.
Le document
Une étude en 3 phases, 20 mois de travail, pilotée par l'ADIRA.
Contexte
L'étude intitulée « Étude portant sur le développement économique et touristique responsable et durable en Alsace centrale » a été confiée au groupement EY (Ernst & Young Advisory), Arcadis et Ceresco. Commandée par un groupement piloté par l'ADIRA, elle s'est déroulée de juillet 2021 à février 2023 en trois phases :
Ce qu'on a obtenu
Un extrait de la phase 3 : la présentation du comité technique du 21 février 2023, soit 43 diapositives. Ce n'est pas le rapport complet, mais c'est déjà suffisant pour comprendre ce que les consultants eux-mêmes pensent du projet.
Télécharger le document (PDF, 2,5 Mo)Ce qui manque encore
Les rapports complets des phases 1, 2 et 3 n'ont toujours pas été communiqués. C'est l'objet de notre procédure CADA — la commission nous a donné raison le 10 août 2026.
Ce que ça révèle
5 constats dévastateurs — dans les mots des consultants eux-mêmes.
L'étude a été déclenchée par Europa Vallée
Malgré un intitulé neutre sur le « développement territorial », EY confirme noir sur blanc que c'est le projet Mack qui a provoqué la commande de l'étude. 260 000 € d'argent public dépensés à cause d'un projet privé.
« L'intention de projet "Europa Vallée" du Groupe Mack, à l'origine du déclenchement de l'étude, n'est pas suffisamment avancée à ce stade pour s'engager sur des modalités de mise en œuvre. »
— Rapport EY/Arcadis/Ceresco, diapositive 34
Le territoire ne veut pas d'un grand projet
Les acteurs locaux consultés par EY n'expriment aucune attente pour un méga-projet touristique. Ils veulent du développement local, authentique, à échelle humaine.
« L'intention de projet Europa Vallée n'avait pas soulevé d'attentes fortes en matière d'effet levier touristique pour le territoire. »
— diapositive 9
« Les travaux réalisés en Alsace centrale dans le cadre de l'étude montrent qu'il n'y a pas forcément d'attente d'un projet de développement économique majeur. »
— diapositive 26
« Paradoxe : les acteurs du territoire expriment une forte volonté de voir le territoire se développer, sans pour autant espérer l'implantation de projets emblématiques. »
— diapositive 10
Mack n'a jamais rien fourni
Pendant 20 mois d'étude, le groupe Mack n'a transmis aucun élément concret sur son projet. Pas de plans, pas de chiffres, pas de calendrier. Les consultants le déplorent explicitement.
« Nous n'obtiendrons pas d'informations supplémentaires en termes de maturité et de précision des projets. Faute d'expression du Groupe Mack, leur articulation avec Europa Vallée peut difficilement être mise en débat à ce stade. »
— diapositive 9
« Majorité d'acteurs sans réel avis en l'absence de proposition concrète de la part du porteur de projet. »
— diapositive 23
EY avertit que l'étude pourrait n'être qu'une légitimation
Les consultants eux-mêmes préviennent que si les commanditaires ne donnent pas suite aux attentes du territoire, l'étude sera perçue comme un simple alibi pour Europa Vallée. Cet avertissement est jugé si important qu'il apparaît deux fois dans le document.
« À l'issue de l'étude, dans le cas où le groupement de commande ne se saisirait pas des attentes fortes exprimées par le territoire, il semble difficile d'envisager une restitution constructive et sereine avec les acteurs mobilisés. L'absence d'engagement pourrait être interprétée par le territoire comme une confirmation du ressenti initial d'un grand nombre d'acteurs que l'étude ne servait qu'à "légitimer" le projet Europa Vallée. »
— diapositives 23 et 31 (répété verbatim avec la mention « Rappel : »)
Personne ne veut porter le projet
Après 20 mois de travail, aucune collectivité du groupement de commande n'accepte de se positionner comme chef de file. Le projet est politiquement orphelin.
« Aucun membre du groupement de commande positionné en chef de file sur l'une des pistes de projet à ce stade. »
— diapositive 21
« Une projection assez difficile dans la mise en œuvre opérationnelle des projets pour plusieurs raisons (compétences légales, projets déjà traités d'une manière ou d'une autre, projets non spécifiques à l'Alsace centrale, etc.). »
— diapositive 21
Les 4 conditions impossibles
EY identifie 4 « facteurs clés de succès » pour tout projet de développement en Alsace centrale. Ces conditions sont cumulatives — elles doivent toutes être remplies.
« Conditions cumulatives et à remplir en intégralité. Dans le cas contraire, risque élevé de forte contestation des habitants et des élus (surtout au niveau communal). Convergence possible avec divers collectifs associatifs et citoyens de défense de l'environnement. » — diapositive 25
Retombées locales et ruissellement économique
« Un éventuel projet devrait avoir de fortes retombées économiques locales, notamment en termes d'image de marque et d'emplois, ce qui exclut l'idée d'un projet "fermé" où l'accès serait 100 % payant. » — diapositive 26
Pourquoi Europa Vallée échoue
Un complexe hôtelier fermé de type resort, géré par un groupe étranger, est par définition un projet « fermé ». Les retombées locales seraient marginales — exactement ce que le territoire rejette.
Exemplarité environnementale
« L'exemplarité environnementale est au cœur de la vision exprimée par les acteurs locaux pour le territoire à horizon 2035, et tout futur projet (touristique ou non) devra s'y conformer. Un éventuel projet devrait se prémunir contre les accusations de "greenwashing". » — diapositive 27
Pourquoi Europa Vallée échoue
Artificialiser 60 à 250 hectares en bordure immédiate de zones Natura 2000 et Ramsar ne peut constituer une « exemplarité environnementale ». Le Grand Hamster d'Alsace et le Courlis cendré ne survivront pas au greenwashing.
Maîtrise des déplacements
« Les enjeux de mobilité seraient l'une des difficultés principales d'un éventuel projet, car un accroissement du trafic routier constituerait une véritable ligne rouge pour les élus et les résidents. » — diapositive 28
Pourquoi Europa Vallée échoue
Aucune infrastructure de transport n'existe ni n'est financée. Le téléphérique a été abandonné. Aucun pont routier ne relie la zone sur 50 km. EY eux-mêmes notent qu'une solution serait « un cas d'école en France ».
Consommation foncière
« Dans un contexte de rareté foncière en Alsace centrale, un projet trop consommateur de foncier susciterait l'opposition des associations de défense de l'environnement mais surtout des élus locaux, compte tenu de l'objectif de limiter l'artificialisation des sols. » — diapositive 29
Pourquoi Europa Vallée échoue
60 à 250 hectares d'artificialisation consommeraient la quasi-totalité du « crédit foncier » du territoire au titre de la loi ZAN. Les acteurs locaux le disent eux-mêmes : « il ne faut pas consommer tout le crédit de foncier du territoire sur un seul projet. »
En résumé
Les 4 conditions identifiées par les propres consultants des collectivités sont cumulatives. Europa Vallée n'en remplit aucune. Ce n'est pas l'opposition qui le dit — c'est EY, Ernst & Young, payé 260 000 € d'argent public pour le dire.
Qui a commandé et payé
260 000 € de fonds publics, pas un centime d'investissement privé.
| Commanditaire | Rôle | Financement |
|---|---|---|
| ADIRA (Vincent Froehlicher) | Pilote de l'étude | — |
| CEA (Frédéric Bierry) | Financeur | 100 000 € |
| Région Grand Est | Financeur | 100 000 € |
| Préfète de Région | Financeur (État) | 50 000 € |
| CC canton d'Erstein (Stéphane Schaal) | Co-commanditaire | 10 000 € |
L'étude en chiffres
Ce qui manque encore
Ce document n'est qu'un extrait. Les rapports complets sont toujours secrets.
Un extrait, pas le rapport complet
Ce que nous avons obtenu est une présentation de 43 diapositives destinée au comité technique. Les rapports complets des trois phases — qui contiennent les données brutes, les études sectorielles et les conclusions détaillées — n'ont toujours pas été communiqués.
Si un simple extrait est déjà aussi accablant, que contient le rapport complet ?
La CADA nous a donné raison
Nous avons saisi simultanément les 5 commanditaires de l'étude par lettre recommandée pour obtenir la communication de l'intégralité des livrables. Le 10 août 2026, la Commission d'accès aux documents administratifs a rendu un avis favorable à notre demande (avis n° 202605018) : l'ADIRA doit communiquer le rapport final, les livrables intermédiaires et le cahier des charges.
Lire l'avis CADA (PDF)Sources
Le document
- EY / Arcadis / Ceresco — « Étude portant sur le développement économique et touristique responsable et durable en Alsace centrale », extrait phase 3, comité technique du 21 février 2023 (43 diapositives). © 2023 Ernst & Young Advisory. Contact étude : Quentin Nam (EY), Monique Jung (ADIRA).
Presse
Protections environnementales
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